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2008-06-27

From Home To Home, Fairfield Parlour (1970)

Réédition Répertoire (import), 2004

En 1970, le psychédélique ayant muté en rock progressif, Kaleidoscope - le groupe anglais, auteur de Tangerine Dream (1967) et Faintly Blowing (1968), pas l'américain – se rebaptise Fairfield Parlour et délaisse quelque peu son côté pop pour un folk doucement psychédélique, suivant le courant folk-rock dans lequel excellent les groupes britanniques Fairport Convention (avec Sandy Denny et Richard Thompson) et Pentangle (Jacqui McShee, les redoutables guitaristes Bert Jansch et John Renbourn), à l'image du visuel dont l'atmosphère se rapproche des productions des groupes suscités.
Cette nouvelle identité ne fut révélée qu'à leur apparition au festival de l'île de Wight, pour lequel ils avaient enregistré le single « officiel » qui était censé être diffusé entre chaque concert, Let The World Wash In / Medieval Masquerade sous le nom I Love Wight.
Annoncé par leur plus célèbre titre, le single
Bordeaux Rose absent du LP contrairement à sa face B Chalk On The Wall, From Home To Home débute avec Aries sur un doux tintillement qui évoque à mes oreilles les bibelots que l'on place derrière une porte d'entrée pour annoncer une visite...
L'album est partagé entre morceaux très pop (ce qui fait qu'on les rapproche souvent de Syd Barrett), peut-être même trop (
In My Box, qui surprend par son introduction Velvet Undeground, Soldier In The Flesh, I Will Always Feel The Same, l'épique orgue de Free, Sunny Side Circus) et ce que l'on retiendra davantage, ces superbes ballades (la joliment nommée By Your Bedside, la splendide Emily, entre les Mamas And The Papas et Love, l'orientale Chalk On The Wall avec tablas et flûte, The Glorious House Of Arthur, Monkey, Drummer Boy Of Shiloh).
Le tout est néanmoins d'une richesse mélodique constante (le timbre de voix évoque Ray Davies) et une orchestration variée (flûte, piano, orgue, clavecin, mellotron, sitar, tablas et autres percussions...) qui enlumine idéalement ces joyaux d'une autre époque, typiquement britanniques (incluant parfois l'ancienne colonie qu'est l'Inde), champêtres. Dommage que ce groupe n'ait pas trouvé son public.


(Vertigo)

2008-06-02

King Progress, Jackson Heights (09/1970)

Ayant investi un magasin de brocante du chef-lieu de mon département de mélomanes qu'est la Mayenne, dans le but de remplacer ma platine vinyle fatiguée, je ne pouvais ignorer les quelques pauvres vinyles, négligemment adossés aux pieds des bacs à CD. Et là, surprise : perdu entre Michel Sardou et France Gall, le quatrième Amon Düül II ! Mais venons-en à l'objet de cette chronique : une autre pochette hideuse attira mon attention, cette fois le groupe m'était inconnu : Jackson Heights. A 1 € pièce, une pochette comme neuve et un vinyle qui me semblait lourd (l'épaisseur est un gage de profondeur du son), je ne risquais pas grand chose (dépéchez-vous le 33 tours est à vous pour 25 € sur eBay)...
Lorsque le clavériste Keith Emerson saborda The Nice pour fonder avec Greg Lake (ex-King Crimson) et Carl Palmer (Atomic Rooster) l'usine à horreurs Emerson, Lake & Palmer (ELP), le chanteur-bassiste Lee Jackson décida de raccrocher sa basse et de retourner à une musique plus pure. Pour cela, il fonde en 1970 Jackson Heights (du nom du quartier de New York ?), et s'entoure de bons musiciens. La 12 cordes de Lee Jackson est secondée par l'électrique et les claviers de Charlie Harcourt, le bassiste Mario Enrique Covarrubias Tapia (oui oui tout ça ne fait qu'un gars) et le batteur Tommy Slone.
Admirons la pochette - signée Hypgnosis - c'est la première fois que je chronique un disque que je possède en vinyle quand-même ! En la dépliant, on peut admirer un paysage marécageux, coloré en rose, bleu et violet, avec une main qui s'apprête à saisir la Terre ; on est donc sur une autre planète. Laquelle est peuplée de lave-linges ! Conceptuel... Même pas stickée mais imprimée d'origine, la mention - imitation tampon - « Import From England » a sans doute pour dessein de donner de la valeur au disque... C'est vrai qu'il doit être rare...
Ce premier de quatre albums sort en septembre 1970. Résultat : plutôt folk, tendances psychédélique, limite progressif (comme le nom pourrait le laisser penser), en tout cas, c'est bucolique (synonyme de folk, désolé), apaisant, rien à voir avec The Nice, King Progress s'écoute agréablement (en 36 minutes et 7 morceaux, pas le temps de s'ennuyer), grâce à un bassiste qui connaît ses gammes, et des choeurs de bonne facture (on croirait entendre les Beatles sur Sunshine Freak). C'est bien fait, bien écrit, mais pas transcendant. Même le morceau le plus entraînant et qui ouvre la marche, Mr. Screw, qui sonne comme du rockabilly joué par un groupe de folk, s'écoute poliment. Mais le disque est loin d'avoir de quoi déchaîner les passions. Le morceau-titre, qui clôt la première face, n'est pas mal. A noter, une reprise de The Cry Of Eugene de The Nice ferme le disque.
Guère enthousiasmés par les faibles ventes de l'album, les musiciens quittèrent Lee Jackson. Pour l'anecdote, fut enrôlé dans l'équipe du second album le batteur Mike Giles (fondateur de King Crimson).
Conclusion : honnête, bien orchestré. Je tempère mes propos pour ne pas être inconsciemment influencé par la rareté de la chose... En tout cas, c'est toujours plus audible qu'ELP ! Usons de la formule : pour amateurs avertis, du moins pour les collectionneurs ( réédition CD en 1998 chez Répertoire).

(Charisma)