2008-06-02

King Progress, Jackson Heights (09/1970)

Ayant investi un magasin de brocante du chef-lieu de mon département de mélomanes qu'est la Mayenne, dans le but de remplacer ma platine vinyle fatiguée, je ne pouvais ignorer les quelques pauvres vinyles, négligemment adossés aux pieds des bacs à CD. Et là, surprise : perdu entre Michel Sardou et France Gall, le quatrième Amon Düül II ! Mais venons-en à l'objet de cette chronique : une autre pochette hideuse attira mon attention, cette fois le groupe m'était inconnu : Jackson Heights. A 1 € pièce, une pochette comme neuve et un vinyle qui me semblait lourd (l'épaisseur est un gage de profondeur du son), je ne risquais pas grand chose (dépéchez-vous le 33 tours est à vous pour 25 € sur eBay)...
Lorsque le clavériste Keith Emerson saborda The Nice pour fonder avec Greg Lake (ex-King Crimson) et Carl Palmer (Atomic Rooster) l'usine à horreurs Emerson, Lake & Palmer (ELP), le chanteur-bassiste Lee Jackson décida de raccrocher sa basse et de retourner à une musique plus pure. Pour cela, il fonde en 1970 Jackson Heights (du nom du quartier de New York ?), et s'entoure de bons musiciens. La 12 cordes de Lee Jackson est secondée par l'électrique et les claviers de Charlie Harcourt, le bassiste Mario Enrique Covarrubias Tapia (oui oui tout ça ne fait qu'un gars) et le batteur Tommy Slone.
Admirons la pochette - signée Hypgnosis - c'est la première fois que je chronique un disque que je possède en vinyle quand-même ! En la dépliant, on peut admirer un paysage marécageux, coloré en rose, bleu et violet, avec une main qui s'apprête à saisir la Terre ; on est donc sur une autre planète. Laquelle est peuplée de lave-linges ! Conceptuel... Même pas stickée mais imprimée d'origine, la mention - imitation tampon - « Import From England » a sans doute pour dessein de donner de la valeur au disque... C'est vrai qu'il doit être rare...
Ce premier de quatre albums sort en septembre 1970. Résultat : plutôt folk, tendances psychédélique, limite progressif (comme le nom pourrait le laisser penser), en tout cas, c'est bucolique (synonyme de folk, désolé), apaisant, rien à voir avec The Nice, King Progress s'écoute agréablement (en 36 minutes et 7 morceaux, pas le temps de s'ennuyer), grâce à un bassiste qui connaît ses gammes, et des choeurs de bonne facture (on croirait entendre les Beatles sur Sunshine Freak). C'est bien fait, bien écrit, mais pas transcendant. Même le morceau le plus entraînant et qui ouvre la marche, Mr. Screw, qui sonne comme du rockabilly joué par un groupe de folk, s'écoute poliment. Mais le disque est loin d'avoir de quoi déchaîner les passions. Le morceau-titre, qui clôt la première face, n'est pas mal. A noter, une reprise de The Cry Of Eugene de The Nice ferme le disque.
Guère enthousiasmés par les faibles ventes de l'album, les musiciens quittèrent Lee Jackson. Pour l'anecdote, fut enrôlé dans l'équipe du second album le batteur Mike Giles (fondateur de King Crimson).
Conclusion : honnête, bien orchestré. Je tempère mes propos pour ne pas être inconsciemment influencé par la rareté de la chose... En tout cas, c'est toujours plus audible qu'ELP ! Usons de la formule : pour amateurs avertis, du moins pour les collectionneurs ( réédition CD en 1998 chez Répertoire).

(Charisma)

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