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2008-07-31

Born Under A Bad Sign, Albert King (1967)


C'est par le biais de ce premier album pour la Stax (le label soul concurrent de Motown) qu'Albert King - à ne pas confondre avec BB et Freddy - a percé. Problème : les excellentes compositions constituant Born Under A Bad Sign sont gâchées par une production trop luxuriante, grand public, soul, bien qu'éxécutées par de bons musiciens : le groupe Booker T. & The M.G.'s (celui du fameux Green Onions, soit le guitariste Steve Cropper, le pianiste Booker T. Jones et la section rythmique constituée du bassiste Donald "Duck" Dunn et du batteur Al Jackson Jr), le pianiste Isaac Hayes (pas seulement le "chef" de South Park mais également auteur de Hot Buttered Soul ou Shaft) ainsi que les Memphis Horns pour colorer le tout de cuivres enflammés...
Néanmmoins présent, le jeu particulier du "Velvet Bulldozer" comme il était surnommé (118 kilos), est dû au fait qu'il jouait tout en bends comme un droitier en étant gaucher, il avait donc plus de force dans la main qui parcourait le manche de sa Gibson Flying V customisée.
Le morceau éponyme est un classique absolu : Cream, Jimi Hendrix, le Paul Butterfield Blues Band, Blue Cheer, MC5, Peter Green, Paul Rodgers, etc. jusqu'aux Smashing Pumpkins ne s'y sont pas trompés. Mais après écoute, l'album se révèle une suite de standards, gachés par les arrangements...
On préféra donc, une fois n'est pas coutume, à cet album une compilation comme The Ultimate Collection (Rhino), parue en 1993 - l'année de la disparition d'Albert - et qui contient dix de ses onze morceaux dans des versions tout simplement irréprochables, complétée par vingt-huit autres extraits du meilleur de ce qu'il a enregistré au summum de sa carrière, au tournant des années 60 et 70.

(Stax)

2008-06-14

Hound Dog Taylor And The Houserockers, Hound Dog Taylor And The Houserockers (1971)

Né avec un sixième doigt atrophié à chaque main dans le Mississipi (ça ne s'invente pas) le 12 avril 1915 ou 1917, Hound Dog Taylor commence la guitare à l'âge de vingt ans. En 1942, il quitte Natchez pour Chicago, là où le blues urbain émerge. Un jour qu'il était bourré, il s'amputa le sixième doigt de la main droite avec une lame de rasoir. Il lui faudra attendre 1969 pour espérer laisser une trace discographique lorsque Bruce Iglauer, employé de maison de disque, le découvre avec son groupe les Houserockers. Il tente en vain de les faire signer chez son employeur, et se résoud alors à fonder un label, Alligator Records.
Le premier album qu'il publie est Hound Dog Taylor And The Houserockers, enregistré en deux jours en public. Du blues direct et sans fioritures, beaucoup de distorsion, et sa voix âpre, qui rappelle celle d'Elmore James, auquel il emprunte It Hurts Me Too.
Bien que Hound Dog n'ait jamais été un prodige, avouant lui-même que "quand je mourrais, ils diront qu'ils ne pouvait jouer que de la merde, mais il la faisait sonner carrément bien !", Phillip's Theme prouve qu'il savait tirer de sacrés solos de sa Teisco Del Rey. Des morceaux parfois boogie (Walking The Ceiling), parfois en slide, à la Elmore James encore (Wild About You Baby)... La particularité du son de Hound Dog Taylor et les Houserockers est l'absence de basse, laquelle est néanmoins assurée à la guitare par Taylor et son guitariste Brewer Philips à tour de rôle. Ce qui n'empêche pas le disque de déborder d'énergie.
Après un second album issu des mêmes séances d'enregistrement, Natural Boogie (1973) et l'enregistrement d'un troisième LP en public en 1974, Beware Of The Dog ! (1976), Hound Dog fut emporté par un cancer en 1975.

(Alligator)

2008-06-02

Shake Your Moneymaker : The Best Of The Fire Sessions, Elmore James (2001)

Né illégitimement d'une mère âgée de quinze ans dans le Mississpi le 27 janvier 1918, Elmore Brooks adopte rapidement le nom de son père supposé. A douze ans, il se confectionne un instrument d'une corde avec un bout de cabane, attiré par les promesses de la vie de musicien : gloire, femmes, alcools de contrebande et nourriture offerte, et surtout la fuite des plantations.
Il donne son premier concert à l'âge de quatorze ans, et commence à partir de 1937 à tourner avec Sonny Boy Williamson (l'original, pas le - talentueux néanmoins - imposteur !) et Robert Jr Lockwood, et découvre le jeu en slide sur une tournée avec des musiciens Hawaïens. Il développe ensuite un jeu de bottleneck violent et rageur, le faisant glisser sur les six cordes de sa guitare, tranchant ainsi avec l'emploi qu'en faisant jusqu'alors Muddy Waters ou Son House. Sa voix, rauque et âpre, ne fait que renforcer sa touche.
Il fit une pause en s'engagant deux ans dans l'US Army - et avoir combattu au Japon, et, malgré un premier accident cardiaque, il reprend la route.
En 1952, il devient une des figures les plus importantes du blues avec le succès de sa version de Dust My Broom, du légendaire Robert Johnson, avec qui il aurait joué. Il y a d'ailleurs une polémique sur la paternité du titre, Johnson ou James ? Peu importe, il était courant dans le blues comme dans le jazz de se piquer des "trucs" entre musiciens. Jimmy Page l'a bien compris !
Malheureusement, le vent tourne et les ventes du blues dégringolent à la fin des années 50. Elmore mourut d'une crise cardiaque en 1963, avant le British Boom. Albert King (The Sky Is Crying), Eric Clapton, Jimi Hendrix (Bleeding Heart, The Sky Is Crying), le Grateful Dead, le Allman Brothers Band (Done Somebody Wrong - et One Way Out sur la Deluxe Edition de 2003 - sur Live At Fillmore East), Georges Thorogood ou encore Billy Gibbons ou Stevie Ray Vaughan surent lui rendre hommage.

(Buddha)

Eat A Peach, The Allman Brothers Band (12/02/1972)

Alors que le Allman Brothers Band, valeur sûre du southern rock (avec The Band, Creedence Clearwater Revival, Lynyrd Skynyrd...) et dans ce qu'il a de plus précieux à offrir, atteint la consécration avec l'incontournable Live At Fillmore East (1971), le prodige de la guitare slide, Duane Allman, de retour dans sa ville natale de Macon (Géorgie) se tue à moto, ne pouvant éviter un camion qui manoeuvrait. C'est alors, suite à ce drame, à Dicky Betts, l'autre soliste du groupe effondré mais résolu à continuer, que revient la tâche de compléter les parties de guitare de l'album suivant. Enregistré entre mars et décembre 1971 avec Tom Dowd, il est double (une fois de plus), et c'est à nouveau un chef d'oeuvre.
Finalement, seule la première face ne contient aucune note du « frère musical que je n'ai jamais eu », dixit Eric Clapton, lequel avait enregistré avec Duane l'album Layla And Other Assorted Love Songs (1970), à savoir l'indéfinissable (comprendre par là à la croisée des genres blues, country et jazz) Ain't Wastin' Time No More, que Gregg Allman a composé en réaction à la mort de son frère, Les Brers In A Minor, une nouvelle pépite jazz-rock – suite à In Memory Of Elizabeth Reed sur le Live At Fillmore East - de Dicky Betts, ainsi qu'une ballade country de Gregg, Melissa.
Suit alors le coeur de l'album,
Mountain Jam, One Way Out et Trouble No More, trois morceaux à nouveau tirés des mythiques concerts au Fillmore East de New York – de quoi compléter ce dernier en quelque sorte, et ils sont d'ailleurs repris sur la Deluxe Edition de l'album parue en 2002. Si le premier, variation sur un traditionnel des Caraïbes, First There Is A Mountain, popularisé par Donovan (sous le nom There Is A Mountain, on peut le trouver sur son Greatest Hits de 1968), est un trépident voyage entre free jazz et country de plus d'une demi-heure. Tandis que One Way Out et la tuerie (déjà présente sur le premier album) Trouble No More sont de solides et inlassables reprises de blues respectivement créditées à Sonny Boy Williamson et McKinley Morganfield (mais popularisée par Muddy Waters). Le Allman Brothers Band était si incontournable dans les Etats-Unis de ce début des années 70 qu'il était devenu le maître des lieux du Fillmore East, aussi Bill Graham ne pouvait faire autrement qu'appel à eux pour l'ultime concert avant sa fermeture le 27 juin 1971 (qui, rien que pour ce groupe, devait être insoutenable), lequel se termina à l'aube, le groupe ayant perdu toute notion du temps, ne réalisant l'heure qu'en voyant les premiers rayons du soleil...
C'est dire quelle exceptionnelle formation live était ce groupe de deux solistes hors pair, Duane et Dicky Betts, deux batteurs-percussionistes d'exception, Jai Johanny Johanson et Butch Trucks, un chanteur-pianiste irremplaçable, avec un timbre soul (à la Steve Winwood s'il faut situer), Gregg Allman, et un bassiste affuté comme il en est rarement, Berry Oakley, qui malheureusement ne tardera pas à imiter Duane, dans la même ville, à moto également, un an plus tard, presque jour pour jour. Malgré ces drames, le Allman Brothers Band tourne toujours aujourd'hui (avec les guitaristes Warren Haynes et Derek Trucks, neveu de Butch), tant il est légitimement une institution en son vaste pays, mais sans atteindre les mêmes sommets, fatalement. Ils n'ont malheureusement pas mis les pieds en Europe depuis 1991.
Suite à une anecdotique – si ce n'est l'un des utlimes faits d'armes de Duane - incursion funk,
Stand Back, et en guise de sommet final, vient le joyau country de Dicky Betts, Blue Sky, une des plus célèbres compositions du groupe (classique de l'AOR), avec d'incroyables et magnifiques envolées de guitares – comprenez de Duane et Dicky - qui ont empêchées à plus d'un guitariste de dormir. Cette merveille est suivie par un ultime instrumental country-folk de Duane Allman, auquel est bien sûr dédié l'album, qui parvient à peine à nous empêcher de faire revenir le diamant, ou le laser, au début de la piste précédente, tant est terrassante de beauté et de pureté ce parfait moyen de faire aimer la country au plus indécrottable – façon de parler ! - détracteur de ce genre souvent nauséabond...
Bien que çà n'enlève rien de sa qualité, l'excellent - n°1 des charts - Brothers And Sisters (1973) n'est pas aussi imparable que cet ultime témoignange de l'exceptionnel état de grâce de ce groupe unique, bien que le succès atteindra son summum qu'à partir de l'album suscité, entraînant de monstrueuses tournées des stades, parmi les premières de l'histoire de la pop. On a rien fait de mieux que cet authentique, jamais démonstratif, mélange de blues, rock, country et jazz depuis.

(Capricorn)