2008-06-14

Valentyne Suite, Colosseum (1969)

Colosseum est un groupe britannique formé en 1968, par trois ex-Bluesbreakers de John Mayall, le batteur Jon Hiseman, le saxophoniste ténor Dick Heckstall-Smith (tous deux également issus de la Graham Bond Organization) et le bassiste Tony Reeves, ainsi que le guitariste James Litherland (qui remplaça Jim Roche, lequel ne resta le temps de n'enregistrer qu'un morceau avec le groupe), et enfin, last but not least, l'organiste (Hammond) Dave Greenslade. Leur premier concert à Newcastle fut diffusé par le mythique DJ John Peel (dans son emission Top Gear, sur la BBC Radio One), tremplin rêvé pour lancer une carrière.
Portant le nom anglais désignant le Coliseum, le groupe continua avec les références Romaines avec leur premier album paru chez Fontana en 1970, Those Who Are About To Die Salute You. La même année, son second LP Valentyne Suite, produit par Gerry Bron, est le premier disque paru sur le label « progressif » de Philips, Vertigo (pratique courante à l'époque, à l'instar d'Harvest pour EMI ou Deram pour Decca), à la fameuse étiquette qui, sur un tourne-disque, donne une illusion d'optique hypnotisante.
La face A s'ouvre avec
The Kettle, morceau à la Hendrix, sans le timbre de voix... Ce qui ne retire rien à la qualité du morceau. Menées tambour battant, Elegy et The Machine Demands A Sacrifice oscille entre soul et funk. Les souvenirs des Bluesbreakers refont surface le temps de Butty's Blues, Butty (de « butter », « tranche de pain beurrée » en argot) étant le surnom donné à Litherland – auteur du morceau – par Greenslade à cause de son habitude à ne manger les aliments qu'entre deux tranches de pain... Jusque là, ça s'écoutait agréablement, c'est bien joué, mais ça ne vous laisse pas obligatoirement de souvenirs impérissables... Jusqu'à ce que l'on retourne le disque.
La face B est elle entièrement occupée par la suite de trois morceaux qui a donné son nom à l'album (à ne pas confondre avec l'autre suite de 3 pièces,
Valentyne Sweet parue sur l'édition US du premier album). Monstrueuse, elle oscille entre le rock psychédélique, progressif (on est encore en 1969) et surtout le jazz, pas un moment de répit jusqu'à The Grass Is Always Greener, qui débute en se voulant « le calme avant la tempête », selon les notes de pochettes écrites par Hiseman (le jour de l'alunissage d'Armstrong !). Tout l'intérêt de l'album se trouve là.
La pochette double, surréaliste et un brin kitsch, est l'oeuvre du designer de Vertigo, Marcus Keef (qui réalisa également celle du premier Black Sabbath, autre groupe-maison). Attention à ne pas confondre avec le LP paru ensuite, uniquement aux USA, The Grass Is Greener (1970) – voyant le remplacement de Litherland par Dave « Clem » Clempson – et qui reprend la même illustration, en partie constitué de morceaux de Valentyne Suite.
Suite à un quatrième et ultime album studio, Daughter In Time (1970) avec un nouveau bassiste, Mark Clarke et le recrutement d'un chanteur, Chris Farlowe (pour permettre à Clempson de se concentrer sur sa guitare) le groupe se sépara après l'enregistrement de l'album en public sobrement intitulé Live (1971), souvent retenu par les critiques pour aborder ce groupe. A noter le premier album de Greenslade et Reeves rejoints par Andy McCulloch (King Crimson), sous le nom de Greenslade, Greenslade (Warner Bros., 1973), réputé pour être un trésor oublié du rock progressif.
Le groupe se reforma avec un line-up différent sous le nom de Colosseum II entre 1975 et 1978, le temps de quatre albums, puis en 1994 sous son nom d'origine, et a depuis réalisé quatre albums dont deux en live, le dernier en date étant
Live05 paru l'année dernière.
Valentyne Suite
mérite l'écoute, en somme, au moins pour son éponyme suite, mélange inédit de rock et de jazz caractéristique de ce groupe un peu oublié.

(Vertigo)

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