2008-06-14

Morgen, Morgen (1969)

Disque culte puisque longtemps introuvable, Morgen a récemment été réédité (aux alentours 2004 par Radioactive (import)), dans la foulée de la providentielle frénésie rééditrice qui caractérise ce début de siècle - pour notre plus grand bonheur, n'en déplaise aux spéculateurs.
Condamnant d'office les ventes de l'objet, la pochette originale (label Probe, ABC Records), fidèlement reproduite, est en noir et blanc (alors que la couleur n'était plus un luxe depuis belle lurette, et allait de pair avec toute production « pop », au sens de l'époque, c-a-d large) et, en ces temps de descente d'acides fatales (Syd Barrett, Roky Erikson, Alexander « Skip » Spence...), se réduisait à une reproduction de la célèbre allégorie de l'angoisse,
Le Cri (1895) du peintre et graveur Norvégien Edward Munch ; ce qui, en somme, a du dérouter plus d'un freak en peine d'un peu d'optimisme de bon alloi, alors que le rêve hippie se dissipaient peu à peu...
Dans
Welcome To The Void, morceau d'ouverture qui rappelle celui du S.F. Sorrow des Pretty Things, Steve Morgen, à qui il arrive même de hurler, nous invite à faire le vide dans nos têtes en goûtant à son « gingerbread ». Le même Morgen est par ailleurs un excellent guitariste soliste, du moins dans son genre. On le rejoindrait bien mais qui sait ce qu'il est devenu ? Portée sur l'amour, Of Dreams sonne on ne peut difficilement plus psychédélique, et Morgen semble clairement avoir aspiré de l'hélium... Sur Beggin' Your Pardon (Miss Joan), qui commence comme un heavy blues ou hard rock d'époque, il simule cette fois un orgasme bien plus équivoque que celui de Robert Plant (puisque Whole Lotta Love est paru la même année). Ça n'a l'air de rien, mais à l'époque... S'ouvrant sur un « Big Ben », quatre ans avant Pink Floyd, le temps fait l'objet du morceau suivant, Eternity In Between et ses power chords à la Pete Townshend probablement éxécutés par le guitariste rythmique Barry Stak, et avec en sus un chouette et inévitable, en ces temps bénits, solo de batterie de Bob Maiman. Le producteur Murray Shiffrin est, à l'intérieur de la jaquette, représenté avec autant d'importance – et même en tête - que les musiciens qui accompagnent Morgen, ce dernier étant l'unique songwriter.
On imagine que l'on retourne la galette (pas la peine de venir me cambrioler je n'ai pas le vinyle) et on poursuit avec ce qui semble encore être un texte sous acide,
Purple. Surprise, She's The Nitetime est, à part son refrain très pop, orchestré carément pré-punk avant l'heure. L'album se termine sur une chanson d'amour à tiroirs étirée – dont un passage jazzy, avec la trépidente basse de Ronnie Genosso - sur près de onze minutes, Love.
Globalement, un disque constant, bien psychédélique et garage, voué corps et âmes aux trips et à l'amour, nous ne sommes guère éloignés de
Nuggets, et qui se révèle écoute après écoute. Une belle surprise qui promet d'agréables moments.

(import Radioactive)

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