2008-06-02

Neverneverland, Pink Fairies (05/1971)

Trop intègres pour avoir fait une belle carrière, les Pink Fairies demeurent un des secrets les mieux gardés de la scène underground anglaise du début des années 70. Pourtant, les idéaux anarchistes de ce groupe de freaks le rendait accessible, sur le papier du moins, au public : ils étaient de tous les événements gratuits, Wembley, Glastonbury Fayre, Phun City, allant jusqu'à installer leur sono à l'extérieur du second festival de Wight pour protester contre les places payantes – ce qui leur valurent une dédicace d'Hendrix lors de son avant-dernier concert.La genèse des fées roses est compliquée. Initialement, le Pink Fairies Motorcycle Club And All-Star Rock & Roll Band (tiré d'une nouvelle de Jamie Mandelkau, manager des Deviants) était un club récréatif d'amis-musiciens des Deviants, des Pretty Things et de Tyrannosaurus Rex, avec pour raison d'être de boire, sortir et causer le plus de troubles possible - et accessoirement de jammer. Lorsque Twink – batteur des Pretty Things – enregistra son premier album solo, Think Pink (?), il fit appel aux musiciens des Deviants, soit, à l'exception de l'illustre leader et chanteur Mick Farren (un peu l'homologue anglais du chanteur de MC5, Rob Tyner), le guitariste Paul Rudolph, le bassiste Duncan Sanderson et le batteur Russel Hunter.
Puis, sous le nom de Pink Fairies, Twink, Mick Farren (le leader des Deviants) et Steve Took (percussioniste de Tyrannosaurus Rex) se produisirent à un concert désastreux fin 1969 (sans répétition, sans morceaux, et même sans instruments, mais bourrés, et avec des roadies féminins !) dans une université de Manchester. C'est ce trio qui enregistra ensuite l'album solo de Farren,
Mona, The Carnivorous Circus (1970). Insatisfait de cette expérience, Twink contacta quelques temps plus tard le manager des Deviants, alors en tournée sur la cote ouest des Etats Unis, et bloqué à San Francisco sans argent, ni concert, ni moyen de rentrer. Il avait aimé le son des musiciens sur son album solo, et songait donc à refaire les Pink Fairies, cette fois avec le reste des Deviants – et sans Mick Farren, ce fut l'occasion par laquelle ils le remercièrent - en espérant s'imposer comme leader...
Toutefois, l'influence de Farren demeure sur les Pink Fairies, à savoir le penchant underground et les idéaux anarchistes. Leur musique paraît rétrospectivement comme une réaction, comme de nombreux freaks en ce début des seventies, à la soupe qui commençait à inonder les charts.
Après un essai concluant avec le succès du 45 tours
The Snake / Do It, Polydor publia leur premier LP, Neverneverland (1971), co-produit avec Neil Slaven, enregistré en trois semaines, au mois de mars.
On retrouve pour ouvrir le disque l'originelle face B du 45 tours, le boogie
Do It (reprenant Jerry Rubin) à laquelle une introduction acoustique a été ajoutée. Les Pink Fairies revendiquent d'entrée leurs penchants rock' n' roll. L'onirique Heavenly Man fait penser au Pink Floyd de l'époque (celui de Meddle). L'imparable heavy-boogie Say You Love Me est porté par un riff démentiel. War Girl, sublime ballade, revient à un tempo plus souple et même swing, puis le morceau-titre Never Never Land a des relents hippies west coast. Au milieu de tout cela, Track One, Side Two qui vire proto-punk, le bruitiste Thor ou le planant morceau final The Dream Is Just Beginning semblent plus anecdotiques, alors que Teenage Rebel revient au meilleur rock' n' roll, préparant le terrain pour Uncle Harry's Last Freakout, morceau emblématique des Fairies. L'influence d'un autre groupe acid rock, Hawkwind – les deux groupes étaient très proches, allant jusqu'à se produire ensemlble sous le nom de Pinkwind – est parfois perceptible.
La pochette de l'album était initialement imprimée sur PVC, et le disque un des premiers vinyles colorés – en rose, évidemment. La réédition de 2002 (Universal) inclue le précieux single The Snake, ainsi que d'autres prises.
Après ce disque, Twink quitta le groupe pour le Maroc (avant de rejoindre la tentative de groupe Stars, menée par Syd Barrett). Les Pink Fairies furent rejoints par le guitariste Trevor Burton (The Move) pour l'album suivant, le plus blues
What A Bunch Of Sweeties (1972), suite à l'enregistrement duquel Paul Rudolph (c'est une constante !) partit collaborer avec Brian Eno, Robert Calvert et Hawkwind. Après un ultime album plus rock, et même proto-punk, Kings Of Oblivion (1973), le groupe se saborda en septembre 1976, se reformant ensuite occasionnellement, avant d'accepter la proposition du label Demon d'enregistrer un album, Kill 'Em And Eat 'Em, en 1987.

(Polydor)

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