2008-06-02

Red, King Crimson (10/1974)

Bien que le fameux guitariste Robert Fripp, rapidement devenu au fil des remaniements seul membre d'origine et surtout leader, se soit toujours défendu d'avoir fait avec King Crimson du rock progressif, son groupe en demeure l'une des plus belles expressions. Car ce qui caractérise ce groupe, malgré les nombreux changements de personnel, c'est, en plus de son inspiration (propre, contrairement à Led Zeppelin) et son bon goût (aux Who, au hasard), sa belle inventivité (au contraire des Stones, bah oui désolé) et sa constance (et ça c'est ce qu'il y a de plus rare !), beau tableau en somme.
Révélé en première partie des Rolling Stones, suivie dans la foulée de la parution d'In The Court Of The Crimson King (1969), pièce maîtresse que vous connaissez déjà (sinon l'heure est grave pour votre crédibilité de mélomane) et qui a pour seul tort d'être l'arbre qui cache la forêt, le groupe arrive à la fin de son premier cycle (avant la reformation de 1981) avec Red (1974), son septième LP, lequel clôt une trilogie entamée avec l'excellent Lark's Tongue In Aspic (1973) et Starless And Bible Black (1974), dont il se démarque par un son plus dépouillé.
Suite au départ du violoniste David Cross, King Crimson est réduit à la forme d'un trio, avec le bassiste et chanteur John Wetton (ex Family, futur Asia) et le batteur Bill Bruford (ex-Yes), avec l'apport de Ian McDonald (alto) et Mel Collins (saxophone).
Jusqu'alors, King Crimson avait toujours alterné ballades et prémices de heavy métal (pour lequel on a inventé le terme de prunk, compression de prog et de punk) sur ces albums - avec une parenthèse lorgnant vers le jazz-rock - ça ne change pas avec Red. Ainsi, le morceau-titre d'ouverture est un instrumental abrasif, toutes guitares en fusion dehors. La monstrueuse section rythmique fait merveille, en réponse au jeu unique de Fripp.
En porte-à-faux, l'intense et délicat Fallen Angel est une merveille résumant bien la magie de King Crimson ; aux mélancoliques couplets et refrains se confronte un final au son dense, aux solos épileptiques, portés par un dialogue basse-batterie des plus aboutis. Tout avait déjà été inventé à l'époque...
Avec son riff rugissant, One More Red Nightmare commence comme une caricature de heavy-metal. C'est sous-estimer la suite, dont Pere Ubu sonne comme des relents... Encore une fois, une outro aventureuse ramène le roi cramoisi à la sphère du rock progressif. Mais combien de niveaux au-dessus ?
Dans sa construction, Red ressemble à In The Court Of The Crimson King : même intro métallique, ballades moins bucoliques mais tout autant mélodiques, et, en avant-dernière position... L'improvisation tant décriée ! Providence, du nom de la ville dans lequel il fut enregistré, en concert, est la dernière trace de Cross avec King Crimson, mais ne laisse pas de souvenirs impérissables.
Pour parfaire le parallèle, le majestueux In The Court Of The Crimson King qui fermait ce chef d'oeuvre de LP éponyme trouve sa réponse dans Starless. Tout en symbolique, le mellotron, instrument qui avait tant marqué les débuts du groupe, fait son retour, ainsi que Ian McDonald, qui avait quitté le groupe après le premier LP. N'ayons pas peur des mots, Starless est le moment de grâce ultime de King Crimson, et le plus parfait moyen de résumer une première partie de carrière qui mérite que l'on rende son écoute obligatoire, à travers les points cardinaux que sont In The Court..., Lark's Tongue In Aspic et Red. Il en manque un ? Starless And Bible Black, ou non, mieux, trouvez-le vous même !
Red en boîte, une tournée - avec Ian McDonald et le violoniste Eddie Jobson - est envisagée. Mais Fripp, ne voulant pas faire de King Crimson un "dinosaure" à remplir les stades, ne veut pas suivre. Lors de la sortie de Red en octobre 1974, un communiqué annonce la dissolution du groupe. Le live USA, enregistré en juin 1974 (et sur lequel les parties de violon de Cross ont étés remplacées par celles, enregistrées en studio, de Jobson...) paraît de façon posthume début 1975, compilant des morceaux que le groupe n'eut le temps d'enregistrer en studio. Abandonnés par Fripp, Wetton, Bruford et Jobson formèrent alors le groupe UK.
Red demeura le chant du cygne de King Crimson jusqu'en 1981, année du retour avec Discipline, qui, bien que réussi, et bien dans son temps, n'a pas le son dense et immédiat de ses prédécesseurs.

(Island)

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