2008-06-14

Phallus Dei, Amon Düül II (1969)

Après avoir monté en 1966 un combo free jazz suite à un concert de John Coltrane, le guitariste Chris Karrer a une nouvelle révélation l'année suivante lorsqu'arrive la tornade Hendrix. Il rejoint alors une communauté politico-artistique de Munich, baptisée « Amon Düül » (). Après une session de quarante-huit heures d'enregistrement en studio dont il estime qu'il n'y a rien à sauver (mais dont seront tout de même tirés quatre albums !), il fait un break quelques temps en Angleterre en rejoignant une amie qui y travaille comme jeune fille au pair, Renate Knaup, avant de revenir accompagné d'elle. A l'occasion d'un festival en septembre 1968, la communauté se scinde en deux – la « scission d'Essen » - à cause de différents d'ordre principalement politiques (ce que Karrer ne supporte plus), soit Amon Düül et Amon Düül II, qui comprend Karrer, Renate Knaup au chant. Si Amon Düül s'éteindra après un ultime effort studio en 1971, les seconds du nom, qui signèrent chez Liberty, connaîtront eux un destin tout autre, avec notamment leur second, plus abouti et au moins autant recommandable LP Yeti (1970) qui marquera leur apogée commerciale, le groupe ayant fait forte impression notamment en Angleterre où il acquiert une certaine notoriété – ce qui rend d'autant plus étonnant la certaine ignorance dont il semble victime lorsque l'on traîte du rock teuton.
Yeti
ayant été réhabilité en France par Phillipe Manoeuvre (Rock & Roll, La Discothèque Idéale, Albin Michel, 200?), attardons-nous sur ce coup d'essai, au nom provocateur puisqu'il désigne le phallus de Dieu. Ça commence très fort avec l'inquiétant Kanaan et sa guitare balkanique. Sur le morceau à tiroir Luzifers Ghilom, violon et basse tissent de magnifiques motifs, le batteur est toujours aussi explosif et les étranges choeurs nous attirent dans leur mystérieuse ambiance. Cette musique au carrefour de l'expérimentation, du psychédélique et de la musique folklorique (quand surgissent par moments des sons orientaux) se révèle à l'écoute jouée avec une grande maîtrise (ce qui est tout de même mieux pour improviser), bien que seul Karrer semble être un musicien accompli. Sur des tapis de claviers soutenus par une rythmique tribale tout en roulements de batterie et descentes et montées de gammes basse, sa guitare a des relents de free jazz, ce qui ajoute à la richesse de la musique.
Comme sur de nombreux disques de l'époque, toute une face est occupée par un morceau d'une vingtaine de minutes et, une fois n'est pas coutume, c'est le morceau-titre.
Phallus Dei est un trip psychédélique sans faute de goût, encore qu'il sonne trop travaillé pour avoir été enregistré live, mais on s'en fout d'autant puisque que c'est au bénéfice de la musique.
Seuls les choeurs souvent loufoques voire idiots (
Der Guten, Schönen, Warhen) ont vieillis, du moins à mes oreilles, car c'est évidemment très daté, enfin il ne faut pas être réticent au psychédélique pour apprécier ce disque passionant. En tout cas si vos références pour l'outre-rhin se limitent aux groupes réhabilités de longue date (Faust, Can, Kraftwerk, etc.), cette option psychédélique vaut le détour, qu'on l'attaque par Phallus Dei, Yeti ou encore Tanz Der Lemminge (1971) (après ça se gatte). Pour l'anecdote, un DVD contenant un film d'un certain Wim Wenders, Amon Düül II Play Phallus Dei, montrant le groupe jouant Phallus Dei en 1968, est paru en 2003. Malhureusement, cela ne suffit pas pour rendre justice à cet étrange coup de maître... Vous avez compris ce qu'il vous reste à faire.

(Liberty)

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